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Actuellement, se déroule au Grand Palais à Paris, une rétrospective consacrée à Edward Hopper ; peintre emblématique d’une Amérique des années 30, 40 et 50.

Alors…pourquoi écrire un article sur un peintre dans un blog consacré aux thématiques audiovisuelles ? Car dans ses tableaux,  Hopper accorde de l’importance à la lumière et la lumière est un élément cher au cinéma ! Mais ce n’est pas l’unique lien qui rattache le peintre au cinéma ; il se dégage de ses tableaux des scènes très théâtrales, visuelles, cinématographiques, comme s’il avait réussi à capter un moment, une scène d’un film, un morceau de l’histoire.

1) Hopper, l’artiste qui aspirait à peindre les rayons du soleil sur l’architecture.

Edward Hopper est né le 22 juillet 1882 et est décédé le 15 mai 1967. Au cours de sa vie il aura peint plus de 160 tableaux.  Malgré la précision stylistique de son œuvre, Hopper n’appartient pas à un genre bien défini, les professionnels s’accordent sur le fait que dans son œuvre se distinguent à la fois des caractéristiques du cubisme mais aussi du surréalisme.

Ses peintures sont une allégorie du réel ; l’un de ses amis, Brian O’Doherty précisera que les personnages de Hopper semblent « apathiques, fière de leur solitude, résistant à l’optimisme ambiant obligatoire. »

Il faut avoir à l’esprit  que ses tableaux ont un sens multiple, il ne peint pas une maison pour peindre une maison. Par exemple dans « Ground Swell » (1939) où les passagers d’un voilier regardent le mouvement de la cloche sur une grosse vague ; il n’est pas seulement question d’une tempête ; cette scène annonce le conflit de la seconde guerre mondiale.

2) L’importance de la lumière chez Edward Hopper.

Didier Ottinger, directeur adjoint du Centre Pompidou, commissaire de l’exposition au Grand Palais, explique que la lumière qui règne dans les tableaux de Hopper est très travaillée et qu’elle a deux sens ; la pure spirituelle et la diabolique liée à la société de consommation.

D’un côté, il peint « une lumière qui est bénéfique,  les phares de Cap Code par exemple, qu’il oppose à la lumière maléfique et urbaine qui attire le chaland égaré dans la ville pour en faire un consommateur. » Cette contradiction prend forme dans la nature même de la lumière qui éclaire. Il ne faut pas oublier que Hopper est un grand admirateur de Rembrandt dont il retiendra « un éclairage intimiste et spirituel ».

Hopper aimait les ombres allongées des premières et dernières heures de la journée ; il a toujours été intéressé par la lumière, surtout celle du soleil ; «  j’essaie de peindre la lumière du soleil sans éliminer la forme originelle, mais cela s’avère difficile car la forme à tendance à obscurcir la lumière elle-même et la détruire ». Son plus grand souhait aurai été de peindre la lumière du soleil à l’état pur mais elle éclaire toujours une forme. Son tableau  « room by the sea » (1951)  est celui qui se rapproche le plus de son désir premier de « peindre les rayons du soleil sur l’architecture. » 

C’est donc cette lumière si travaillée par Hopper qui fascine et inspire les cinéastes. En regardant un film d’Hitchcock ou Win Wenders, l’influence de Hopper y est frappante.

3) La fascination du cinéma pour Edward Hopper

D’après Wim Wenders, le lien qui unit Hopper au cinéma est la toile blanche. Le réalisateur précise « qu’on lit clairement dans les tableaux de Hopper qu’il aimait le cinéma et que la toile blanche devant laquelle il s’est si souvent tenu dans son atelier lui était familière, était son alliée. Donner à toute chose une forme définie et désigner sa place, surmonter le vide, la peur et l’horreur, en les bannissant sur cette toile blanche justement ! C’est cela que son œuvre a de commun avec le cinéma et qui fait de Hopper un grand conteur de la toile blanche, celle du chevalet ».

Wim Wenders affirme clairement  l’influence de Hopper dans la photographie de ses films.

Par ailleurs, la vivacité des scènes peintes rend les tableaux de Hopper très cinématographiques;  Pour Wenders, tous les tableaux de Hopper sont des décors d’attente. Que s’est-il passé avant la scène peinte, qu’adviendra-t-il après cette scène ? Un tableau suggère toujours une suite, mais chez Hopper « on est prêt à croire que ça s’est vraiment passé » affirme Wenders.

Les tableaux de Hopper ont été créés parallèlement à l’âge d’or du cinéma narratif classique américain et dans les années 20, les salles de cinéma et de théâtre deviennent un sujet récurrent chez le peintre, pour lui les images des écrans entravent notre relation au monde. Il transposera ce ressenti dans le tableau « New York Movie » (1939) qui sera transposé au cinéma par Herbert Ross dans son film « tout l’or du ciel ».

Nombre de ses peintures seront reprises à l’écran ; Notamment « Psychose » d’Hitchcock incarnant « House by the Railboard » (1925) ou encore « Fenêtre sur cour » du même réalisateur  s’inspirant de « Night windows » (1928) ; « Les Tueurs » de Robert Siodmak mettant en scène le célèbre « Nighthawks » (1942 ) ; « Mulholland drive » de David Lynch donnant vie à « Morning sun » (1952) et beaucoup de film de Win Wenders dont “Don’t come knocking” qui illustre à la fois la lumière, les scènes d’attente et les préoccupations du peintre.

Pour toutes ces raisons, Edward Hopper a sa place dans la sémiotique cinématographique. L’éclairage donne le ton aux scènes peintes dans ses tableaux, tout comme le travail de la lumière donne une intensité à une séquence de film. La touche Hopper se reconnait aisément dans de nombreux films et on ne cessera d’être intrigué par cette étrange luminosité.

Source : émission « les matins de France culture » du vendredi 15 octobre 2012 et le documentaire « La toile blanche d’Hopper » de Jean-Pierre Devillers
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